*____ Adossé au pilier de crépi devant chez moi, un sourire joue doucement sur tes lèvres bleuies par le froid de décembre. Tu me vois et me prends la main en ouvrant le portail. Une main qui tremblote. De froid, de joie, de toi. Dans les escaliers ta main ne quitte pas la mienne. Tu t'accroches à elle comme à une bouée, tu t'y accroches pour ne pas tomber. Et puis tu la lâches et enfouis ton visage dans mes oreillers.
Délaissant mes affaires contre un mur de ma chambre, je m'assois sur une chaise devant le lit ; le plaisir de te voir est plus fort que tout ce que j'avais pu imaginer. Ton toucher se rappelle dans le creux de ma paume me brûlant par petites notes de plus en plus prononcées mais mes yeux ne flanchent pas une seconde en te regardant. Ton dos se soulève dans un soupir ; tournant la tête vers moi, tu me souris presque douloureusement. Tes yeux ne s'allument pas. Venant à coté de toi sur le matelas je te pose une main sur le front pour faire partir cette expression que tu portes et qui me donne des coups au c½ur. Oubliant mes joues en feu, je m'allonge face à toi au dessus des couverture. Tes chaussures valdinguent sur le parquet, ton manteau jeté au bout du lit. Nos genoux se cognent, nos pieds se cherchent, nos deux c½urs s'emballent en même temps. Notre chaleur corporelle s'agrippe à celle de l'autre. Nos souffles se mêlent, ton haleine alcoolisée entre dans ma bouche entrouverte que je referme pour emprisonner cette odeur particulière qu'a la vodka. Tu ne me le dis pas mais je sais qu'une bouteille a circulé dans ton cercle d'amis. Tu ne me dis rien mais je suis quand même inquiète. Nos pensées flottent dans le mince espace laissé entre nos deux corps. Elles se collent partout sur les murs, nous enveloppant de coton, amortissant le monde autour de nous. Le monde qui continue de tourner à une allure folle pendant qu'on partage ce petit instant d'intimité. Intimité que j'attends depuis des mois.
Tu t'amuses avec mes cheveux gentiment, légèrement endormi par mes doigts courant lentement dans ton cou, nous procurant des frissons de plaisir à tous les deux. Tout en moi guette le moment où tu dormiras ; le moment où je pourrais te dévisager sous toutes les coutures sans que tu ne le saches jamais. Tes doigts s'arrêtent sur mes cheveux, glissent sur ma taille et ne bougent plus que pour céder la place à ton bras. Me rapprochant de toi, me vissant sur toi par à-coup.
Tes phalanges caressant mon dos semblent ne même pas exister tant c'est léger, les miennes dans tes cheveux ont remplacé les tiennes. Nos yeux se rencontrent au milieu de tout ça, ils s'affrontent innocemment n'osant pas faire le premier pas. N'osant changer les choses. On s'observe par dessus l'épaule de l'autre retenant notre respiration sans vraiment savoir pourquoi, luttant contre cette envie qui nous pousse à aller plus loin, à exacerber nos sens pour que l'on craque, pour que l'on ressente ensemble, toujours. Le bout de ton nez se loge sur ma gorge, y respire l'arôme de mon gel douche et de mon parfum superposés. Ton corps m'envoie tellement d'ondes électriques que j'ai de plus en plus de mal à bouger. Mes doigts sont comme anesthésiés sur ta mâchoire, mes yeux se ferment tout seul et mes jambes s'enroulent autour de tes cuisses. Quand nos lèvres s'effleurent, mon c½ur débloque. Elles ne se touchent que quelques secondes et mon c½ur repart simultanément avec le tien au ralenti. Comme s'il fallait réapprendre à s'en servir seul sans l'autre pour nous aider à faire redémarrer tout notre système.
17. Décembre. 08__